Maman,
La vie n’a pas été pour toi un long fleuve
tranquille, tu as du, dès ton plus jeune âge, traverser des épreuves difficiles
et cruelles. Cependant malgré ton désespoir tu as fait face et les a surmontés
une à une, nous enseignant par-là, que rien ne peut avoir raison de notre
volonté si ce n’est nous-même.
Longtemps la dépression t’a tenue à distance de
nous, comme de l’autre côté d’une muraille de verre. Pourtant, même dans les
pires moments, jamais tu n’as renoncé à ton amour pour chacun d’entre nous,
t’inquiétant de ce que nous pouvions ressentir. Puisant en ton amour pour nous,
la force de relever la tête, et de continuer à avancer un pas après l’autre si
douloureux puissent-ils être. Bien sûr, tu n’as pas été sans faillir, mais
toujours tu as repris ta marche.
Comment ne pas penser à toi, à ton courage, quand
à notre tour nous sommes frappés par l’adversité ?
Merci, pour les merveilleux moments que tu m’as
offerts lorsque ni toi ni moi ne trouvions le sommeil et que nous refaisions le
monde ou que tu me racontais ton enfance, ta famille, la guerre… Parfois avec
tristesse, mais le plus souvent avec ta verve drôle et pétillante, m’enseignant
encore et toujours que même au cœur des évènements dramatiques, il faut
sauvegarder une part de légèreté et d’humour pour que l’espoir subsiste en nous
et autour de nous.
Merci d’avoir nourrit mes rêves.
Merci pour ta capacité à t’émerveiller d’un
reflet de soleil sur une goutte d’eau, de l’empreinte
livresque d’un oiseau sur la neige, l’éclosion d’une fleur… toutes ces
petites choses sans importances, ces petits riens qui soulignent la beauté du
monde.
Merci de t’être montrée avide de comprendre ma
vie lorsque je t’emmenais recevoir des soins sur Paris, curieuse de mes amies,
de mes centres d’intérêts, de mes difficultés, de mes rêves, d’avoir visité
Marmottant avec moi, d’avoir osé goûter les cuisines exotiques que j’aime… J’aimais la curiosité enfantine avec laquelle tu découvrais toute nouveauté pour
toi, redonnant leur virginité aux choses, qui auraient pu me paraître banales.
Merci de ne pas avoir montré de mauvaise humeur lorsque nous nous sommes
égarées du côté du Père la chaise et que je ne retrouvais plus la voiture. D’avoir
pris cela avec humour et tendresse, malgré ta fatigue…
Merci
pour tes lettres me racontant ton quotidien, tes appels téléphoniques au petit
matin, juste pour le plaisir de partager avec moi la beauté qui se révélait à
tes yeux, au cours de tes promenades.
Merci
pour tes photos, petites gouttes de beauté ou de fantaisie qui en échos me
répétaient : arrête de courir !… observe la beauté et la richesse du
monde ! Aime la vie ! Prends soin des tiens ! Le temps file si
vite !
Merci
pour ta passion des livres, c’est toi qui m’as ouverte avec amour à la littérature
et à l’écriture me donnant le jour pour la deuxième fois ! La première tu
m’as fait naître au monde, la seconde tu m’as fait naître à moi-même, quel plus
beau cadeau un parent peut-il offrir à son enfant ?
Merci ma
visiteuse de rêve, tout au long de cette année alors que la maladie te privait
de toute communication. Tu venais dans mes rêves et tu me parlais, tu marchais,
tu chantais, tu riais comme avant, m’accordant encore une douce part de
bonheur.
Je garde
de toi de magnifiques souvenirs : ta façon de parler du clocher de ton pays, tes rires aux
éclats avec mes enfants. Ta fierté lorsque tu parlais de chacun de tes fils, de
leur famille, ton bonheur d’être grand-mère et arrière-grand-mère. La
générosité avec laquelle tu accueillais tout le monde comme s’ils étaient de ta
famille. Le soin que tu apportais toujours pour dresser la table de nos petites
ou grandes retrouvailles. Ton esprit un peu espiègle, un peu fantasque, un peu rebelle.
Voilà
qui tu étais maman pour moi : fragile et tellement forte en même temps,
imaginative et créatrice… Tu aimais les plaisirs simples que tu sublimais de ton rire…
Tu me manque déjà, mais je sais aussi que ta pétillance ne
me quittera jamais.
Toi qui
avais si peur de la mort, saches que tu es bien vivante en chacun de nous.
Merci
d’avoir été toi, merci d’avoir cru en nous, en moi.
Je
t’aime maman.

Olalalala... J'ai les larmes aux yeux mais je souris.
RépondreSupprimerQuelle belle déclaration d'amour à ta maman!
Comme tu le dis si bien même dans la douleur il y a du beau. D'autant plus sans doute...
Je t'embrasse.
Oui, je crois que la perte de ceux qu'on aime souligne la fragilité de la vie et la nécessité de saisir chaque petite goutte de gentillesse, de bonheur et de beauté qui nous sont offertes. A nous de les faire résonner à la manière de cercles dans l'eau afin que leurs échos profitent à tous...
SupprimerJe vous embrasse toi et ta grande famille prenez bien soin de vous à bientôt.