lundi 18 février 2019

Enfant


Il n’avait pas dix-neuf ans quand il a serré dans ses bras son premier pendu pour permettre à ses collègues pompiers de le décrocher. A peine quelques mois de plus quand  il a distingué parmi la masse informe et sanguinolente du visage d’un suicidé à la carabine, l’infime petite bulle de gaz carbonique qui montrait qu’il était encore envie, alors que son chef d’agrès pensait évacuer  un cadavre. 
Vingt-ans quand il a ranimé un jeune motard qui dans la grande naïveté commune aux  consommateurs d’alcool et de cannabis ce pensait infaillible …
 Après tout, il n’avait bu qu’un litre et demi  de bière et fumé quelques joints, pas de quoi fouetter un chat ! Sauf que… Sauf que ses sens engourdis ne lui ont pas permis de bien négocier son virage et qu’il a fait plusieurs tonneaux avant que son corps ne heurte de plein fouet la borne béton. Il s’en est tiré à bon compte, au final quelques fractures sans gravité… Mais s’il y avait eu un véhicule en face ?... Si, au lieu de rouler au sol, son corps avait traversé le parebrise d’un automobiliste qui lui ne demandait qu’à rentrer chez lui sans encombre ?
Malgré sa colère et son incompréhension, Nico lui a prodigué  les soins nécessaires, et en a profité au passage pour lui rappeler  que l’auto-école délivre un permis de conduire pas un permis de tuer; que s’il souhaitait se suicider, il existait d’autre moyens plus sûrs et qui eux ne mettaient pas en danger la vie d’innocents.
    Parce qu’il est comme ça, mon fils, carré dans ses baskets capables de risquer sa vie pour sauver celles des autres mais tout aussi capable de reconnaître un abruti quand il en voit un et du coup, de se laisser aller à un certain cynisme.
Je n ai eu  connaissance de ces faits que bien des semaines voire des mois plus tard…
       Parce qu’il est comme ça, Nico  il ne veut pas causer d’inquiétude à son entourage, alors il intériorise tout et ne se livre que quand il a suffisamment pris de recul pour ajouter un trait d’humour à son récit, une légère pirouette qui lui permet de masquer son émotion juste au cas où...
      Quand il était prêt, ( comme il sait que je dors très peu : quatre à cinq heures par nuit, tout au plus), il venait dans ma chambre et me demandais si j’allais bien. Je lui retournais la question et m’armais de patience parce que ça n’allait pas sortir de suite ! Oh, non !  Il fallait au moins quinze aller-retour autour de mon lit tout en me parlant de mille et une autres choses ! Il fallait lui laisser le temps, puis  je finissais par lui demander, « bon qu’est-ce qui ne va pas ? » 
 J’avais alors généralement encore droit au dénie et puis enfin ça sortait et malgré son humour je sentais tout le désarroi qu’il l’étreignait, j’entendais toutes ses interrogations muettes… Je me gardais bien de parler… j’écoutais… Il n’y avait pas grand-chose d’autre que je pouvais faire…
Oui la vie est fragile… Oui la vie… toutes les vies méritent d’être préservées… Oui parfois, on a l’impression de lutter contre l’océan… oui, il faut savoir s’abandonner aux flots pour ne pas s’épuiser en vain…
Une seule fois, après une intervention, il est venu directement à moi… je pouvais entendre les battements de son cœur tant il était heureux. «  maman ! J’ai sauvé un grand-père ce soir ! Je lui ai fait un massage cardiaque et il est revenu ! J’ai sauvé une vie ! »
Le surlendemain ce n’était plus la même chanson, il était blanc comme un linge et ses yeux étaient si tristes ! Il avait appris que son sauvé était décédé le lendemain soir suivant son hospitalisation. Que lui dire, si ce n’est que grâce à lui il avait peut-être eu une chance de dira adieu à sa famille. Bien piètre consolation…
Il avait vingt et un an quand à Groix, il a assisté une jeune mère qui accouchait dans l’ambulance en route pour l’héliport. Sauf que le bébé est arrivé bien avant l’hélicoptère… Cette fois-là il a même eu droit à sa photo dans le journal aux côtés des parents et du bout de choux.
Et tout en menant de front ses études, son volontariat chez les pompiers et chez les gendarmes il continuait d’être disponible pour donner des coups de mains à ses amis, aux amis de ses parents, à la famille.
A vingt-quatre ans il est sorti diplômé de l’école de police, (un des derniers contingents pour qui le bac minimum était exigé et soumis à une enquête de la gendarmerie, aujourd’hui même un fiché S peut rentrer dans la police…)
En à peine cinq ans de carrière il a reçu cinq lettres de félicitation pour avoir protéger la vie d’innocents. Dont celle d’une vielle grand-mère de 80 ans tombée sous le joug d’une petite frappe pervers…
Sans l’esprit d’observation de Nico sa patrouille serait passée à côté et n’aurait pas découvert le pot aux roses ! Il avait remarqué le comportement plus qu’étrange du quadragénaire avec la vieille dame, outré par son attitude et malgré les protestations de son collègue qui ne voyait là qu’une mauvaise taquinerie il a effectué un contrôle d’identité qui lui a permis de mettre à jour la maltraitance dont était victime la vieille dame. Celle-ci ne pouvait sortir de son propre appartement qu’accompagnée de son mauvais chaperon (il s’assurait qu’elle ne lui échappe pas dans la rue en la tirant par les narines…). Les policiers ont été bouleversés lorsqu’ils ont découvert les conditions de vie de la pauvre dame reléguée au fond d’un cagibi avec juste un matelas couvert d’urine jeté au sol. Ce sale type ne se contentait pas de la séquestrer mais il  l’humiliait chaque jour, la frappait et la sous alimentait. Se contentant de lui donnait juste ce qu’il fallait pour qu’elle ne meurt pas afin de continuer à profiter de son argent. Les policiers ont découvert au cours de l’enquête qu’il n’était pas à son premier coup d’essai.
Le comble, c’est qu’au cours de l’interrogatoire, le type a sorti de sa poche une culotte de la vieille dame et s’est mis à la tripoter.
Nico ne pouvait s’empêcher de penser à ses propres grands-mères en entendant la confession de cet enfoiré et prenait déjà sur lui pour se contrôler afin qu’il n’y est aucun vice de procédure et permettre ainsi à un avocat de faire relâcher ce porc, a dû contraindre son collègue à quitter la pièce pour qu’il ne frappe pas le prévenu.
Ce ne sont là que quelques exemples de ce qu’en moins d’une décennie mon fils a choisi d’accomplir.
Et je ne peux que l’admirer non pas naïvement parce qu’il est mon fils, mais parce qu’ostracisé à l’école primaire puis au collège à cause de sa dyslexie jumelée à son THPI (Très Haut Potentiel Intellectuel), il aurait pu se victimiser. Rendre les autres responsables de ses souffrances et de ses erreurs, s'anesthésier par la consommation excessive d’alcool ou de drogues, bref se laisser aller…
Non, il a relevé la tête et  affronte chaque jour ses pires peurs  et plutôt que de choisir d’en vouloir à la société, il a décidé d’y entrer de plein pied, d’y prendre sa place et de la changer à la mesure de ses moyens. Par ses actions, par l’amour et l’écoute dont il fait preuve, par son sang-froid et son esprit d’observation, par son refus de laisser faire, par son indépendance de pensée, par sa propre remise en cause.
       On n’est pas toujours d’accord lui et moi, on s’affronte même régulièrement, parce que parfois son ras le bol me fait trembler, sa colère devant le "je m’enfoutisme" de nos dirigeants (plus préoccupés de s’en mettre plein les poches que de résoudre les problèmes de fond) me fait peur. Son exaspération face aux bobos bien-pensants qui pensent que tout le monde il est gentil sauf les flics, et que les vrais méchants n’existent que dans la télé… Jusqu’au jour où des massacres son commis) le pousse à des paroles violentes. Surtout quand il a du éteindre (au sens propre) ses collègues bombardés de cocktail Molotov.
J’ai confiance en lui, parce que toujours il revient et me fait comprendre à sa manière qu’il m’a entendu et que oui ses paroles ont dépassé sa pensée.
Mon fils n'est pas un super-héro, juste un homme ordinaire qui avec courage affronte la vie et fait de son mieux pour rester équitable et protéger ses concitoyens y compris d'eux même si nécessaire. 
Alors, je pense que le prochain qui me dira qu’« un CRS à terre, on le tue il l’aura bien cherché » je ne manquerai pas de lui poser deux questions :
- Combien de fois as-tu risqué ta propre vie pour sauver celle de quelqu’un d’autre ?
- Combien de fois en étant sous l’influence de l’alcool ou du cannabis as-tu pris ton véhicule au risque de blesser gravement voire de tuer la personne qui sera au mauvais endroit au mauvais moment ?
Je ne vois qu’une différence entre toi et un CRS qui use de son flash ball : lui le fait pour défendre sa vie, celle de ses collègues ou encore de ceux qui n’ont rien demandé à personne, alors que toi tu joues avec la vie des autres comme on joue à la roulette.
Mais je ne me leurre pas. Pour pouvoir répondre honnêtement à ces questions il faudrait avoir développé son esprit critique et ne pas se laisser porter par ses émotions. Or un tel appel au meurtre démontre que ce n'est pas le cas.  Il faudrait également avoir le courage intellectuel de confronter les témoignages et ne pas se contenter des reportages de BFM ou des ragots d’internet.
Il y a des salauds chez les policiers certes il y en a bien chez les profs mais dans un cas comme dans l’autre sans doute pas  autant que le gouvernement souhaiterait nous le faire croire… Il  y en a aussi chez les gilets jaunes puisque les journaux le disent :
« Le philosophe et académicien Alain Finkielkraut a été injurié et sifflé ce samedi en marge de la manifestation des « gilets jaunes » dans le quartier de Montparnasse à Paris, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et qui ont déclenché une vague d’indignation au sein de la classe politique, beaucoup dénonçant des propos à caractère antisémite.
« Barre-toi, sale sioniste de merde », « grosse merde sioniste », « nous sommes le peuple », « la France elle est à nous », ont crié plusieurs manifestants qui défilaient boulevard du Montparnasse, et qui venaient d’apercevoir l’académicien, d’après des vidéos postées sur internet. Sur une seconde vidéo tournée par le journaliste freelance Charles Baudry, on peut voir les forces de l’ordre s’interposer pour protéger le philosophe. »  (Source : 20 minutes)
Ceux qui appellent au meurtre des policiers feraient bien de s’interroger pour savoir à qui cela profite le plus.
Au gilet jaune ? Dresser les manifestants contre la police en quoi cela fait-il avancer les revendications ? Est-ce des policiers que dépendent les lois ?
Ou au gouvernement qui a tout intérêt à ne pas voir le peuple fraterniser avec la police et l'armée, car alors quel moyen de coercition lui resterait-il ?
Je ne peux m’empêcher de rappeler que beaucoup de ceux qui aujourd’hui sont dans la rue, ont voté Macron.
 Ah ! mais oui ! c’était pour soit-disant faire barrage au Front National ! C’te bonne blague !
Depuis ce vieux roublard de Mitterrand (et ses fameuses élections proportionnelles qui ont ouvert en grand la porte au Front National) à chaque élection on nous agite le spectre du Front National comme le torero, face au taureau, agite sa cape rouge ! Et ça ne manque jamais on entend toujours des voix s’élever et souffler un vent de panique :
- Ah ! au secours nous risquons le fascisme !
Et nous (enfin pas moi, en mon âme et conscience j’ai voté blanc) brave mouton comme le taureau nous (toujours pas moi) fonçons dans le mur.
Or curieusement, personne jamais ne défile dans la rue pour obtenir l’interdiction pure et simple du Front National.
Ah mais oui bien sûr ! C’est la faute à la liberté d’expression ! Or ceux qui nous rabattent les oreilles de la sacro-sainte liberté d’expression si chère à notre bonne vieille République sont les mêmes qui oublient que notre bonne vieille République à des institutions garantes de la démocratie : l’assemblée Nationale, le Sénat et le Conseil Constitutionnel. Dès lors j’aimerai que l’on m’explique pourquoi d’un seul coup ils cesseraient de fonctionner ou d’exister, si le FN passait.
Qu’est-ce qui fait penser aux gens qu’ils ne pourraient plus descendre dans la rue ? Si la police est aussi violente aujourd’hui qu’on veut bien nous le faire croire, qu’est-ce qui changerait si le FN était au pouvoir ?
                Je pense qu’il est grand temps que ces écorchés vifs se posent et commencent à réfléchir par eux même plutôt que de suivre la marée, de laisser de côté  leurs émotions pour un temps et de faire fonctionner leur mémoire. 
Être bardé(e) de bonnes intentions et de bons sentiments  ne suffit pas toujours pour faire ce qui est juste et équitable.
             Ils devraient se souvenir qu'un policier est avant tout, un homme ou  une femme, un mari ou une épouse, un père ou une mère, un frère ou une sœur, un fils ou une fille. Bref, un être vivant.