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mercredi 8 février 2012

Révolte

Aujourd'hui c'est la révolte, la désespérance, l'incompréhension qui me font prendre la plume.  
Dans mon école nous avons un petit garçon, appelons-le C, scolarisé en CE1. 
Il est déjà malheureusement, passé par un trop grand nombre d'écoles. 
L'éducatrice de l'ITEP est parvenue à nous l'imposer par un tour de passe-passe. Tout le premier trimestre, nous avons donc supporté  ses hurlements dans le couloir (qui au début terrorisaient nos élèves) , ses injures, ses morsures, ses coups, ses lancés de chaises sur les adultes de l'école.( bien évidement  avec une A.V.S  à temps partielle. Pourquoi lui en attribuer une à temps plein, on se le demande ?)   Son institutrice a fait un travail incroyable avec lui, en parvenant à lui faire accepter de rester en classe une matinée entière,  de participer à la vie de classe et à faire le travail demandé. Ce qui est déjà énorme pour lui. 
Cependant, parallèlement, le climat familiale s'est très largement dégradé au point  :
que sa maman un vendredi soir a téléphoné à notre inspectrice pour la supplier de trouver une solution pour son fils parce qu'elle craquait complètement et quelle ne le supportait plus. 
- qu'elle en est rendue à l'enfermer, seul, dans l'appartement pour ne pas commettre l'irréparable.
- qu'il a planté un couteau dans la cuisse de sa mère, 
- qu'il s'est livré à des attouchements sur une petite fille de sa classe.
- que  son enseignante et la directrice ne cessent de rédiger et d'envoyer au procureur des fiches d' Informations préoccupantes.
- qu'il y a une semaine on était obligé de l'évacuer par le SAMU suite a une fugue et une crise de nerf encore plus violente que d'habitude.
 L'inspectrice nous a assuré alors, qu'il était hors de question qu'il revienne en classe sans l'accord du médecin scolaire. 
Le pédo-psychiatre qui l'a examiné  à son arrivée à l'hôpital a recommandé son hospitalisation et l'a placé sous une dose massive de psychotrope. L'hôpital a renvoyé l'enfant chez lui !
L'assistante sociale et l'éducatrice ont saisi à plusieurs reprises le service d'aide à l'enfance en demandant un placement. 
La personne en charge du dossier, dans ce service, leur a répondu que : "la situation de C ne  nécessitait pas de placement et qu'elle savait faire son travail, elle."
Vendredi dernier, soit trois jours après l'intervention du SAMU, le médecin scolaire a vu C et l'a déclaré apte à revenir en classe du moment qu'il prenait bien son traitement.
Bilan :  lundi matin nous avons vu C arrivé à l'école bien remonté, mais étant sous traitement il n'a pas fait de crise... 
Cependant, il a pu expliquer à son AVS et à sa maîtresse qu'il était en colère parce qu'il ne voulait pas venir à l'école, et que maman l'avait puni de petit déjeuner pour ça.  (Nous étions quand même a des températures inférieures à zéro.)
Peu après la récréation, il est devenu tout pâle et a déclaré ne pas se sentir bien du tout. Puis il s'est endormi sur sa table. 
L'éducatrice pense que c'est une bonne chose qu'il vienne à l'école parce qu'au moins là, dit-elle, il est en sécurité.
Il y a quelques mois maintenant nous avons déjà eu, dans notre ville, le cas de la petite Marina. Une petit fille déclarée attardée mentale légère, qui malgré de très  nombreux signalements au procureur et au service d'aide à l'enfance a été laissée aux bons soins de ses parents. 
Jusqu'au jour où, ses propres parents, l'ont assassinée. 
Après quoi, nous avons eu droit au mea culpa du service d'aide à l'enfance et du procureur. (C'est encore sur le net : tapez affaire Marina Le Mans)
Mais aucunes sanctions n'a été prise à leur encontre  ! Bien sûr ils savent faire le travail eux. 
Et aujourd'hui, on se retrouve dans le même scénario cauchemardesque. 
A l'école, nous sommes tous en colère, parce que nous sentons bien que cet enfant est en grand danger, et que toutes les sonnettes d'alarmes dont nous disposions ont été tirées or il ne se passe rien ... absolument rien ! 
Ah, si ! Nous avons gagné quelques heures supplémentaires pour son A.V.S. ET une hypothétique prise en charge totale par l'ITEP en.... septembre 2012.  
A moins que d'ici là, malheureusement, un drame n'éclate. 
Soit qu'il sera passé à l'acte sur lui-même ou sur sa mère. 
Soit que sa mère sera passé à l'acte sur lui. Après tout maintenant elle a même une arme remboursée par la sécurité sociale !
A préciser que dans le même temps le gouvernement est capable de trouver le financement pour extrader vers la Pologne trois enfants tchétchènes et leur mère. Les séparant de leur père qui n'était pas dans l'appartement lorsque la police est venue saisir la famille.

vendredi 1 avril 2011

Ce que les journaux ne nous disent pas…


      Ça, c’est le quartier où je travaille depuis 5 ans, la ZEP (Zone Prioritaire d'Education). Nous on est même RAR (Réseau Ambition Réussite) ... 
Les mômes d’ici sont les mômes d’ailleurs. Ni plus intelligents, ni plus bêtes, ni plus angéliques ni plus démoniaques, ni plus sages, ni plus fous, ni pires ni meilleurs. Ce sont justes des mômes quoi !

           
       Sont-ils dans une plus grande souffrance que le reste de la ville ? Certainement, je le pense en tout cas, pas tous mais beaucoup, oui…
Pourquoi ?
- Le chômage, trois générations de chômeurs dans une même famille ça use l’espoir.
- L’indolence parentale, soit qu’eux même n’ont reçu ni amour, ni éducation, ni instruction, soit que leur situation actuelle est tellement intenable, que le plaisir d’être parent ne trouve plus sa place. 
Je connais une maman qui élève seule son fils, son ex est alcoolique, et tout ce qu’il parvient à faire c’est de semer la pagaille. 
Cette femme est obligée de cumuler deux emplois pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. 
Elle commence son premier travail à 6H00 et son deuxième travail s’achève à 20h30. 
Bilan : son fils prend son petit déjeuner seul. Prend son repas du midi seul (cette année, la cantine du collège c’est trop cher). Prend son repas du soir seul. Et le mercredi ? Il le passe seul : mamie travaille, elle aussi. 
Il vit avec la peur au ventre que papa ne viennent sonner à la porte, ou même simplement téléphone pour lui débiter tout un tas de mensonges qu'il n'en peut plus d'entendre. Le soir, il se couche tard (trop) pour pouvoir profiter un peu de maman, lui raconter sa journée… 
Alors, quand tout ça c’est trop lourd, il vient frapper à la porte de ma classe le soir, après l’étude, ou il m’attend près de ma voiture et il me raconte… 
Et cette autre maman qui élève seule ses deux enfants. Son ex la battait, alors elle l’a quitté… Depuis, c’est la galère. 
Son fiston pète les plombs (cet été, papa le croisait presque chaque jour dans la rue et ne lui disait pas bonjour, aujourd'hui il vient le perturber sur la cour de récréation, à la sortie de l’école…). 
Bilan : trois semaines d’hôpital psychiatrique, deux tentatives de suicide durant son séjour… et… « retour à l’école, pas mieux dans sa tête qu'avant, mais l’école est obligatoire, alors… ».
La maman est en pleine dépression, son patron menace de la virer, si sa situation ne se stabilise pas : «vous comprenez, Madame, avant c’était votre mari, maintenant c’est votre fils, alors… Il y a plein de gens qui attendent à la porte et seraient bien content d’avoir votre poste »…
     Le personnel de cantine de son côté a constaté une forte augmentation de la consommation de pain le vendredi midi et le lundi midi. En interrogeant les enfants, certains nous disent « qu'ils ne font qu'un seul repas dans le weekend, alors, ils ont faim…»
Depuis que je suis dans cette école, j’ai organisé une classe de mer, une classe découverte du parlement européen, une classe patrimoine, toutes se sont déroulées sur plusieurs jours. 
A chaque fois pour moi, c’était le même étonnement : jamais de perte de pain, jamais de refus d’un plat (il y avait bien quelques grimaces de temps en temps, mais après que j’ai demandé de goûter au moins, l’assiette était vidée en un rien de temps). Les enfants allaient se servir tous au moins deux à trois fois, si bien qu'il n’y a jamais eu de gâchis. 
Ce qui m’a le plus frappé c’est de voir à quel point leur comportement se modifiait, plus d’animosité entre eux mais des sourires épanouis, de la solidarité…
- Le déracinement, beaucoup sont issus de l’immigration, certains ce sont leurs grands-parents qui sont venus « chercher l’Eldorado » en France, ou simplement le droit de vivre en paix. D’autres ce sont leurs parents avant leur naissance, d’autres sont venus avec leurs parents. 
Tous souhaitaient une vie meilleure, pour leurs enfants, l’accession à l’école, pas mal d’entre eux ne savent ni lire ni écrire, où sont allez trop peu de temps en classe ; faute à la guerre (mais dans ces familles-là on n'en parle pas de la guerre. On tourne la page, pas question que les enfants racontent ce qu'ils ont vu, pas de psychothérapie « ça va... ça va...», parfois un dessin pointe le bout de son nez: un nounours devant un char...), faute à la pauvreté, faute à la discrimination raciale…
- La violence et l'arrogance policière. Je connais une famille tchétchène, qui au mois d’août a eu la porte de l’appartement familiale défoncée à 6h00 du matin par la brigade anti-terroriste. Le père et la mère arrachés à leur lit, emportés tels quel dans un fourgon, direction Paris (280 km de chez eux). Ils ont gardé le père en prison 2 mois… pour l’enquête… La mère était hors de cause le matin même dès 9h00, relâchée en pyjama sur le trottoir d’une ville qu’elle ne connaissait pas, sans un sou en poche; à moins de s’appeler Harpagon on dort rarement avec des billets de banque sous son oreiller…
Heureusement que des voisins compatissants ont recueilli les enfants. la plus âgée a 10 ans, la plus jeune 6 ans et mon élève 8 ans. Qu’est-ce que ces enfants, qui ont survécu à la répression dans leur pays, ont bien pu penser de cette scène ?! 
Le père a été relâché fin octobre aucune charge n’a été retenue contre lui…
Un jeune a été appréhendé et menotté devant l’école maternelle, à l’heure de l’entrée en classe… Subtilité policière, sans doute, il faut les impressionner dès le berceau, sinon ça devient de la racaille, je suppose...

            Mais ce que ne disent pas les journaux, c’est le couscous que Madame X nous apporte au mois de juin, parce qu’il y a 7 ans l’équipe enseignante a soutenu son  fils (« qui est au Lycée maintenant et ça va bien… merci, merci beaucoup »), alors qu'il souffrait d’un cancer.
       C’est le courage de ces gens qui chaque jour affrontent la vie comme on va au combat et qui pourtant trouvent le temps de nous sourire, de nous dire bonjour, de plaisanter même parfois avec nous, de venir nous expliquer leur nuit en garde à vu (vous comprenez il a eu des attouchements sexuels sur ma toute dernière, alors je l'ai ligoté pour le faire avouer et je lui ai donné des coups de marteau, je voulais qu'il m'accompagne au poste de police... J'ai eu tord, je n'aurai pas du faire ça... Mais je voulais qu'il parle pour mes autres filles... s' il les avait... je me suis rendue à la police pour leur dire ce que j'avais fait... Il a porté plainte contre moi... Ils m'ont gardé toute la nuit... ) .
C’est l’inquiétude qui les ronge quant à l’avenir de leurs enfants, alors qu'on nous supprime toujours plus de postes, toujours plus de budgets. 
Quand je suis arrivée dans cette école le quota d’élèves en CP était de 20 par classe pour favoriser l’apprentissage de la lecture et le langage orale.
Il y avait une assistante d’éducation, deux assistantes pédagogiques, deux maîtresses surnuméraires, une EVS pour la direction et autant d’AVS pour chaque élève qui en avait besoin. Un RASED complet (2 maîtres E, 1 maître G, 1 psychologue scolaire). Nous faisions du bon travail. Les résultats aux évaluations nationales que ce soit à la maternelle ou à l’élémentaire montraient une hausse significative du taux de réussite et ça d’année en année. Mais c'était avant...
      
      Avant les élections présidentielles de 2 005... Le gouvernement a commencé à tout démanteler. On nous a supprimé, l’assistante d’éducation, puis une assistante pédagogique, les élèves en grande difficulté se sont vu attribuer une AVS pour deux voire trois. Certains membres chevronnés du RASED ont été affiliés au CMPP et remplacé à l’école par des enseignants sortant d’école et non formés à ce type de poste. Leur temps d’intervention par élève s’est vu nettement diminué parce qu’on leur a affecté davantage d’école (suppression de postes oblige), idem pour les enseignants surnuméraires.  Et dans certaines classes nous arrivons à 27/ 28 élèves y compris en CP.
Aujourd'hui, ce sont les postes d’EVS que le gouvernement à ajouter à sa liste noire.
Incendie du collège Val d'Huisne
    Alors, oui les quartiers comme les Sablons brûlent ! Mais contrairement à ce que disent les journaux, ce n’est pas pour rien. Ce n’est pas gratuit. C’est juste l’expression, d’une énorme frustration, d’un désarroi total, d’une incompréhension de la violence que leur fait cette société sensée les protéger. Une incompréhension du pourquoi certains s’en mettent plein les poches et se gargarisent de leurs privilèges, tandis que d’autres crèvent de faim, de froid, de peur, de solitude …